La femme initiatrice
Femme initiatrice : inviter une autre manière de vivre l’intimité
Dans une relation de couple consciente où le féminin est accueilli et valorisé, la femme peut devenir initiatrice. Cette initiation invite son partenaire à découvrir
une intimité qui se nourrit de sensations subtiles, d’écoute et de présence à l’instant.
La polarité féminine initie une intimité où l’on peut ralentir, sentir, se laisser toucher, où l’on n’a pas besoin de savoir à l’avance ce qui va se passer, où il n’y a, pendant un moment, aucun but à atteindre.
Tout est déjà là : un souffle, la chaleur d’une main, un regard, le plaisir d’être proches.
Lorsque je parle de féminin et de masculin, je parle ici de qualités que chacun peut explorer, quel que soit son genre : l’accueil, la sensibilité, l’élan, l’action… La présence et la douceur appartiennent aussi à l’homme. Et la femme peut, elle aussi, aimer prendre les devants. Ces mots nous offrent des pistes d’exploration, sans nous enfermer dans des rôles.
Sortir de la logique de performance
Dans notre culture, la sexualité reste souvent associée à la performance : connaître les bonnes techniques, savoir donner du plaisir, maintenir le désir, atteindre l’orgasme. Comme si une rencontre intime devait produire un résultat pour être réussie.
L’orgasme peut être merveilleux. Mais lorsqu’il devient une obligation, nous risquons de nous éloigner de ce que nous ressentons réellement.
Pendant que le corps vit quelque chose, la tête vérifie : « Est-ce que je fais bien ? Est-ce qu’il ou elle aime ? Pourquoi cela ne vient-il pas ? » et subtilement le mental nous coupe de notre expérience sensorielle.
Cette attente peut peser sur les deux partenaires. L’un se sent chargé de donner du plaisir ; l’autre peut se sentir obligé d’en éprouver, voire de le montrer. Et, malgré toute la bonne volonté du monde, les frustrations persistent.
La voie de la conscience consiste à se demander : « Qu’est-ce qui est agréable pour nous, maintenant ? » :
Peut-être une caresse ?
Peut-être rester enlacés ?
Peut-être parler, rire ou se reposer
L’intimité retrouve alors de l’espace, de la légèreté, la possibilité d'aller avec ce qui est et non ce qui devrait.
Prendre sa place dans son plaisir
Lors d'un atelier que j’avais suivi, un chamane avait prononcé cette phrase : « Tant que la femme n’entre pas dans son plaisir, elle entretient le machisme de l’homme. »
Cette parole m’avait interpellée. Aujourd’hui, je souhaite la regarder avec davantage de douceur. Une femme n’est pas responsable du machisme d’un homme. Ses difficultés à ressentir du plaisir ne sont ni une faute ni un manque de féminité. Cependant, si elle ne prend pas la responsabilité de son désir et de son plaisir et qu'elle laisse l'homme faire à sa guise, elle le maintient, à son insu, dans ses croyances et conditionnements. C'est là que petit à petit, l'incompréhension et la perte de désir peut trouver sa source.
J’en retiens cependant une invitation précieuse : prendre sa place dans son propre vécu. Reconnaître ses sensations, ses envies, ses limites. Oser dire ce qui fait du bien et ce qui ne convient pas.
Honorer sa féminité peut passer par cette reconnaissance intime : « Ce que je ressens compte. Je peux l’écouter et le partager. »
La célébration commence là, dans cette permission de se rencontrer soi-même, pour pouvoir rencontrer l'autre d'une manière plus ajustée.
Lorsque l’invitation devient un reproche
Devenir femme initiatrice ne s’improvise pas. Nous pouvons avoir un désir sincère de vivre une relation plus profonde et l’exprimer d’une manière qui blesse.
« Tu vas toujours trop vite. »
« Tu ne sais pas me toucher. »
« Tu ne penses qu’à toi. »
Derrière ces phrases, il y a parfois une grande solitude et l'accumulation de frustrations alors qu'en fait ce qui a besoin d'être exprimé et entendu est : « J’aimerais que tu me rejoignes. J’ai besoin de sentir que mon rythme a une place. »
Derrière ces phrases, le partenaire entend surtout qu’il fait mal, qu’il échoue, qu’il n’est pas à la hauteur. Il peut alors se défendre ou se fermer. De l'autre côté, cette fermeture renforce le sentiment de ne pas être entendue. Le dialogue se rétrécit, et chacun se retrouve seul avec sa peine.
Pour en avoir fait l’expérience, je sais combien ce mécanisme peut blesser les deux partenaires.
J’ai blessé l’homme, et je me suis également beaucoup blessée. Je me suis sentie utilisée, trahie, incomprise. Mes frustrations alimentaient ma colère. J’avais devant moi ce qui me semblait être un mur, une carapace. Plus je tentais de la percer, plus elle se durcissait.
Je croyais qu’il devait savoir. Qu’il devait deviner, sentir, trouver les clés.
J’ai peu à peu compris que mon ressenti avait besoin de mots. Mon compagnon pouvait me découvrir avec moi, mais il ne pouvait pas connaître à ma place ce que je n’avais pas encore appris à reconnaître ou à exprimer.
Revenir à soi, avec douceur
Comment inviter une autre manière d’aimer ?
Le premier mouvement est peut-être un retour vers soi. Un temps pour apprendre à se connaître, se respecter et habiter son corps avec moins d’exigence.
Cela peut commencer très simplement :
- Remarquer les moments où le corps se détend, et ceux où il se contracte.
- Identifier ce qui donne envie de se rapprocher : de la tendresse, du temps, des paroles, une ambiance.
- Reconnaître la différence entre un vrai désir et un oui donné pour faire plaisir.
- S’autoriser à changer d’avis, même lorsque la rencontre a commencé.
Il n’est pas nécessaire de tout comprendre immédiatement. On peut aussi dire : « Je ne sais pas encore ce dont j’ai envie. J’aimerais prendre le temps de le sentir. »
Cette incertitude a toute sa place dans l’intimité.
Inviter concrètement son partenaire
Une invitation devient plus facile à recevoir lorsqu’elle part de notre expérience et propose quelque chose de précis, sans attendre d'être dans l'agacement pour le dire.
Au lieu de « Tu vas trop vite », vous pourriez dire : « J’aimerais qu’on ralentisse. Quand ta main reste un peu plus longtemps, je peux mieux sentir. »
Au lieu de « Tu ne m’écoutes jamais » : « J’ai besoin de pouvoir te dire ce qui me plaît sans que tu te sentes remis en question. Comment pourrions-nous rendre cela plus simple ? »
Ces conversations gagnent parfois à avoir lieu en dehors des moments sexuels, lorsque chacun se sent disponible.
Puis nous pouvons proposer une petite expérience : prendre dix minutes pour rester proches, sans prévoir la suite. Se regarder, se tenir la main ou échanger quelques caresses, selon l’envie de chacun.
Celui qui reçoit peut guider avec des mots simples : « Plus doucement », « Là, c’est agréable », « Je préfère une pause ». Celui qui touche peut demander : « Est-ce que cela te convient ? »
L’expérience peut s’arrêter là. Personne ne doit une suite à l’autre. Cette liberté permet de découvrir ce qui se passe lorsque la tendresse n’engage à rien.
Une rencontre qui se construit à deux
Être initiatrice ne signifie pas devenir responsable du plaisir, de l’ouverture ou de l’évolution de son compagnon. La femme peut proposer un chemin ; l’homme reste libre de s’y engager, et responsable de la manière dont il accueille cette invitation.
À son tour, il peut exprimer ses besoins, sa sensibilité, ses peurs et ses découvertes. Lui aussi peut inviter à ralentir, à écouter, à aimer autrement.
La rencontre se construit grâce à cette participation réciproque. Elle demande que les limites de chacun soient entendues et respectées. Un refus, une hésitation ou une douleur appellent une pause, sans insistance.
Peut-être est-ce cela, au fond, initier l’amour : ouvrir un espace où deux êtres peuvent se découvrir sans devoir jouer un rôle.
Un espace où l’on peut dire oui avec élan, non avec confiance, et « je ne sais pas » sans honte.
Alors, petit à petit, l’intimité devient un lieu où l’on peut se sentir accueilli. Et le plaisir trouve davantage de liberté pour apparaître, sous les formes qui lui appartiennent.
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Holosseence - Catherine Delorme